À l’heure où le CIETM, Collectif d’Initiatives pour l’Environnement du Territoire des Maures et alentours, se rebaptise Collectif d’Initiatives pour l’Environnement Entre Terre et Mer, il convient, pour MALTAE, membre co-fondateur du CIETM, de rappeler la genèse de cet Entre Terre et Mer, qui est, depuis 25 ans, au cœur des travaux et recherches de la structure.
En 2001, l’étude du paysage littoral, saisi dans son épaisseur continentale et marine, commande de la Région et de la DREAL (ex DIREN), chercha à saisir le territoire dans toute sa profondeur. Elle fut suivie des premières rencontres du Paysage, qui se sont tenues en mai-juin 2001 aux Bormettes et ont rassemblé, sur terre et en mer, plus de 200 personnes. Suite à une candidature portée par MALTAE, un « PEP », Pôle d’Économie du Patrimoine du paysage de l’entre terre et mer varois, fut créé en octobre 2001 par la DATAR, un des derniers des 39 PEP initiés sur le territoire français à partir de 1994 dans le cadre de la décentralisation. Seuls deux autres traitent du littoral, en Corse et autour de Rochefort.

Le PEP Paysage de l’entre terre et mer s’est attaché d’abord à définir son cadre : une quarantaine de communes, des Maures à Toulon, incluant les îles d’Hyères et leurs espaces maritimes, un ensemble où coexistent des villages modestes et des villes denses, des paysages contrastés, des héritages géologiques, historiques et culturels qui se superposent.
Le PEP a contribué à mettre en lumière la richesse patrimoniale de ce territoire : des friches industrielles et militaires en attente de reconversion, un ancien bassin minier dont les traces pouvaient être mises en réseau, des salins abandonnés où s’expérimentaient des formes de renaturation, un massif forestier méditerranéen engagé dans une démarche pilote, un patrimoine maritime singulier marqué par le double tombolo de Giens et ses fonds accessibles. À cela s’ajoutaient des conditions climatiques encore remarquables, ce qui renforçait l’attractivité touristique et la vocation pédagogique des lieux.
Pour donner cohérence à cet ensemble, le PEP a choisi le paysage comme fil conducteur. Il en a fait un outil de compréhension et de transmission, un moyen d’organiser des actions capables de mieux répartir les flux touristiques, d’éviter la saturation des sites les plus fréquentés et de concilier valorisation du territoire et qualité de vie des habitants.
Son programme initial rassemblait plusieurs chantiers : des journées d’étude mensuelles pour interroger les archives du paysage et l’histoire des lieux ; un itinéraire du patrimoine minier pour structurer les initiatives existantes ; un programme de sylviculture littorale pour mieux articuler ville et campagne ; un travail sur les friches combinant inventaire, veille et propositions d’action. L’ensemble visait à renforcer les outils de maîtrise de l’urbanisme et à offrir un exemple mobilisateur pour les acteurs locaux.

Les impacts attendus furent multiples : introduire davantage de solidarité dans une économie qui exerce une pression forte sur le patrimoine ; enrichir les programmations culturelles en les rapprochant de publics qui en sont souvent éloignés ; soutenir la structuration intercommunale ; démontrer l’intérêt d’un partenariat public-privé ; encourager une appropriation sensible du patrimoine par les habitants et les visiteurs, etc. Le PEP a généré successivement un programme européen Culture 2000 en 2003, dont MALTAE a été chef de file, puis une expérimentation de GIZC (Gestion Intégrée des Zones côtières sur la côte des Maures) en 2005, coanimée par MALTAE et le SIVOM du Littoral des Maures. Le programme européen a mutualisé pendant trois ans des échanges pour « un réseau écomuséal du patrimoine industriel entre terre et mer », en rassemblant des acteurs de l’approche écomuséale de sites industriels littoraux dans sept pays : en Espagne, Terrassa en Catalogne ; en Finlande, Turku ; en Italie, la Province de Venise et, en Sardaigne, l’association Posso Sella ; en Grèce et en Roumanie, les ministères de la Culture ; au Portugal, une association de défense du patrimoine industriel ; et en France, MALTAE, associée à l’Écomusée du Creusot autour de la mise en valeur du patrimoine industriel des Bormettes, à La Londe-les-Maures. L’expérimentation nationale de GIZC « Les Maures, territoire méditerranéen » a déroulé sur deux ans une cinquantaine d’ateliers, associant habitants, élus et professionnels dans une approche à double échelle territoriale : un cœur autour des 4 communes de Ramatuelle, La Croix-Valmer, Cavalaire et Le Rayol-Canadel, et un territoire de réflexion plus large, allant de Toulon à Saint-Tropez, englobant l’aire des rades d’Hyères et ses îles, et l’acteur PNPC. L’ouvrage Traits de côte, arpents de mer restituent au public l’exploration collective.
Parmi les difficultés rencontrées, le PEP a dû se faire comprendre dans un contexte où émergeaient simultanément, dans les années 2000, de nouvelles structures comme les SCOT, ce qui brouilla quelque peu sa lisibilité. Enfin, la transversalité des actions a exigé de mobiliser un grand nombre d’acteurs, et rendu complexe la dynamique collective.
Cette expérience, conduite pendant près de 15 ans sur l’entre terre et mer du littoral varois, et sa pratique des entre-deux et des inversions du regard ont permis à MALTAE, en 2014, d’être lauréat de l’appel d’offres de l’Observatoire Photographique du Paysage littoral Vu depuis la Mer, associé au photographe Jean Belvisi, lequel reconduit en 2026 sa cinquième campagne photographique de cet OPPLVM.
Ces cinq études et travaux majeurs de construction de la veille du paysage littoral, conduits pendant 25 ans, ont donné lieu à des restitutions grand public sous forme d’expositions, catalogues et ouvrages, que MALTAE tient à disposition pour poursuivre des réévaluations et « retours sur sites », en fonction des enjeux de l’urgence climatique, de la pénurie des ressources, de la montée des eaux…
En octobre 2026, ce travail sur l’entre terre et mer est reconnu à l’international méditerranéen ; MALTAE rejoint le Plan Bleu.
Auteurs : Pour MALTAE, Odile JACQUEMIN et Jean-Louis PACITTO